Norme EN 1335 : ce qu'elle garantit vraiment sur un siège de bureau

La norme EN 1335 est la norme européenne qui encadre les sièges de travail de bureau. Elle se décompose en trois parties : les dimensions, les exigences de sécurité et les méthodes d'essai. Elle fixe des plages de réglage et des seuils de résistance mécanique, jamais un niveau de confort.

Le point rapide

  • La norme EN 1335 comporte trois parties : dimensions, exigences de sécurité, méthodes d'essai.
  • Elle classe les sièges de bureau en types A, B et C selon l'étendue de leurs réglages.
  • Elle valide des dimensions et une résistance mécanique, pas l'adéquation à votre morphologie.
  • Une conformité annoncée par un vendeur n'équivaut pas à une certification délivrée par un laboratoire tiers.

Ce que la norme EN 1335 couvre exactement

La référence complète est NF EN 1335, « Mobilier de bureau - Sièges de travail de bureau ». Elle ne forme pas un document unique mais un ensemble de trois textes, et cette structure explique la plupart des malentendus commerciaux autour du sujet.

  • Partie 1, dimensions. Elle définit les dimensions du siège et la manière de les mesurer : hauteur et profondeur d'assise, largeur et hauteur du dossier, position des accoudoirs. C'est elle qui établit les trois types de sièges.
  • Partie 2, exigences de sécurité. Elle porte sur la stabilité du siège, la résistance mécanique de ses composants et le comportement du rembourrage face à une source d'inflammation.
  • Partie 3, méthodes d'essai. Elle décrit les protocoles de laboratoire qui permettent de vérifier les exigences de la partie 2 : cycles de charge sur l'assise et le dossier, essais de basculement, sollicitation des accoudoirs et du piètement.

Un fabricant qui annonce un fauteuil de bureau « conforme EN 1335 » se réfère donc à un ensemble d'exigences dimensionnelles et sécuritaires, et non à une appréciation ergonomique globale. La nuance paraît mince, elle change tout au moment de comparer deux modèles.

Types A, B et C : la différence tient au nombre de réglages

La partie dimensionnelle répartit les sièges de travail en trois types. Le classement ne juge pas la qualité de fabrication : il décrit l'étendue des réglages dont le siège est équipé, et donc le nombre de morphologies et de postes qu'il peut accommoder.

Type Réglages attendus Usage visé
Type A Le jeu de réglages le plus complet : hauteur d'assise, profondeur d'assise, hauteur et inclinaison du dossier, accoudoirs Poste occupé toute la journée, travail sur écran prolongé
Type B Réglages intermédiaires : hauteur d'assise et inclinaison du dossier, sans réglage de la profondeur d'assise Poste partagé ou occupé une partie de la journée
Type C Réglages réduits, la hauteur d'assise restant le minimum exigé Usage ponctuel, salle de réunion, poste d'appoint

Retenir la hiérarchie suffit pour acheter : un type A accepte un plus grand nombre d'utilisateurs qu'un type C. Sur un poste où une même personne passe sept heures par jour, la profondeur d'assise réglable est le réglage qui sépare réellement les deux catégories, parce qu'elle conditionne la longueur de cuisse soutenue et donc la posture au bureau tenue sur la durée.

Ce que la conformité garantit sur un siège

La conformité à la norme européenne apporte trois garanties concrètes, et il est utile de les nommer avant d'aborder ses limites.

Des plages de réglage minimales

Un siège conforme offre, pour son type, des amplitudes de réglage au moins égales à celles que la norme prescrit. Cela écarte le fauteuil dont la hauteur d'assise ne descend pas assez bas pour une personne de petite taille, ou dont le dossier ne remonte pas assez haut pour soutenir les omoplates. Ces dimensions sont mesurées selon un protocole identique d'un fabricant à l'autre, ce qui rend les fiches techniques comparables entre elles.

Une stabilité et une résistance vérifiées

Les essais mécaniques chargent l'assise et le dossier sur un grand nombre de cycles, sollicitent les accoudoirs et vérifient que le siège ne bascule pas lorsque l'utilisateur se penche ou s'appuie sur un bord. C'est la raison pour laquelle un siège de bureau à roulettes repose sur un piètement à cinq branches : quatre points d'appui laisseraient un secteur de basculement. Un rapport d'essai émis par un laboratoire fait foi, et c'est ce document que réclame un acheteur public ou une grande entreprise.

Un comportement au feu encadré

Les exigences de sécurité intègrent la réaction du rembourrage à une source d'inflammation. Dans un environnement de travail où plusieurs dizaines de sièges sont installés dans le même espace, cette exigence pèse autant que la résistance mécanique, et elle n'a aucun équivalent visible pour l'acheteur : rien sur le produit ne la signale.

Ce que la norme ne garantit pas

C'est la partie que les argumentaires commerciaux passent sous silence, et c'est pourtant elle qui évite les déceptions.

  • Elle ne garantit pas votre confort. La norme valide une capacité de réglage, pas l'adéquation du siège à votre bassin, à votre taille ou à votre façon de travailler. Deux fauteuils de type A peuvent être tous les deux conformes, l'un vous convenir et l'autre pas.
  • Elle ne dit rien de la densité de la mousse ni de la qualité du revêtement. Un siège peut passer les essais mécaniques et s'affaisser en dix-huit mois. La durabilité réelle dépend de matériaux que la norme n'encadre pas.
  • Elle ne couvre pas la réparabilité. Disponibilité des vérins, des roulettes et des mécanismes, durée de garantie, coût des pièces détachées : rien de tout cela n'entre dans son périmètre.
  • Elle ne remplace pas un réglage. Un fauteuil ergonomique sorti du carton et jamais ajusté ne vaut pas mieux qu'un siège ordinaire correctement réglé.
  • Elle raisonne sur une charge de référence. Les essais sont conduits avec une masse d'essai définie. Au-delà, il faut se reporter à la charge maximale annoncée par le fabricant, ce que traitent les sièges grande taille avec des exigences renforcées.

Autrement dit, la conformité écarte les modèles qui ne tiennent pas la route. Elle ne désigne pas le bon siège pour vous, et aucune norme ne peut le faire à votre place.

Conformité déclarée ou certification par un tiers

La distinction est le point le plus utile de ce dossier. La norme est un document de référence volontaire : un fabricant peut déclarer lui-même que son produit y répond, sans qu'aucun organisme extérieur ne l'ait vérifié. C'est ce qu'on appelle une autodéclaration, et elle est parfaitement légale.

La certification par tierce partie est autre chose. Un laboratoire indépendant réalise les essais, un organisme certificateur délivre une marque, et des contrôles de suivi vérifient que la production reste conforme dans le temps. En France, l'institut technologique FCBA teste le mobilier de bureau, et la marque NF Office Excellence Certifié s'appuie sur ce type de dispositif. L'AFNOR, de son côté, édite et diffuse le texte de la norme : acheter le document et être certifié sont deux opérations sans rapport.

Concrètement, face à une fiche produit :

  • « Conforme à la norme EN 1335 » sans autre précision est une déclaration du vendeur ;
  • la mention d'un rapport d'essai avec le nom du laboratoire et sa date est nettement plus solide ;
  • une marque de certification nommée, avec son numéro, est le niveau de preuve le plus élevé.

Aucun des trois n'est mensonger. Ils n'engagent simplement pas la même chose, et l'écart de prix entre deux fauteuils par ailleurs identiques s'explique souvent par là.

EN 1335, ISO, BIFMA : trois référentiels à ne pas confondre

Les fiches produit mélangent volontiers des sigles qui ne recouvrent pas les mêmes engagements, et l'acheteur finit par croire qu'un fauteuil de bureau cumule trois validations là où il n'en possède parfois aucune.

  • EN 1335 porte sur le produit lui-même : ses dimensions, sa sécurité, ses essais.
  • ISO 9001 porte sur le système de management de la qualité de l'entreprise. Un fabricant certifié ISO 9001 démontre qu'il maîtrise ses processus, ce qui ne dit rien des caractéristiques du siège qu'il vend.
  • ANSI/BIFMA est le référentiel nord-américain du mobilier professionnel. Ses méthodes et ses seuils diffèrent des nôtres, si bien qu'un modèle importé peut afficher une conformité BIFMA sans avoir été évalué au regard de la norme européenne.

Deux réflexes suffisent à s'y retrouver. Vérifier que le sigle annoncé porte bien sur le produit et non sur l'entreprise, et demander la version du texte en vigueur : la norme est révisée périodiquement, et une conformité établie sur une version ancienne mérite d'être datée. Le catalogue de l'AFNOR indique l'édition actuellement applicable.

Ergonomie et santé : ce que la norme ne peut pas prévenir

Les troubles musculo-squelettiques constituent le premier risque professionnel reconnu dans les activités de bureau, et aucun siège ne les élimine à lui seul. La norme fixe des conditions dimensionnelles qui rendent une bonne posture possible ; elle ne garantit pas qu'elle sera adoptée.

Trois éléments échappent d'ailleurs à son périmètre alors qu'ils pèsent sur le confort quotidien. L'appuie-tête, d'abord, n'entre pas dans les exigences dimensionnelles du siège de travail : sa présence relève du choix du fabricant, pas d'une obligation normative. Les matériaux ensuite, dont la respirabilité conditionne le confort thermique d'une longue journée. Les roulettes enfin, qui doivent être adaptées au revêtement de sol sous peine de rendre le siège fuyant sur parquet ou pénible sur moquette.

Le reste tient à l'usage. Alterner les positions, se lever régulièrement, régler son poste plutôt que s'y adapter : ces conseils valent davantage qu'un équipement haut de gamme mal employé, et ils réduisent les douleurs de dos au bureau plus sûrement qu'un changement de fauteuil. Un espace de travail cohérent compte autant que le siège qui l'occupe.

Ce que le Code du travail impose, indépendamment de la norme

La norme est volontaire, la réglementation ne l'est pas. Pour le travail sur écran, le Code du travail prévoit que le siège soit ajustable en hauteur, que son dossier soit réglable en hauteur et en inclinaison, et qu'un repose-pieds soit mis à disposition du salarié qui en fait la demande. L'employeur reste par ailleurs tenu d'adapter le poste de travail à la personne au titre des principes généraux de prévention.

Une entreprise qui achète des sièges conformes à la norme européenne satisfait donc largement ces obligations, mais l'inverse n'est pas vrai : un siège non certifié peut parfaitement respecter la réglementation s'il offre les réglages exigés. L'INRS publie des recommandations détaillées sur l'aménagement du poste sur écran, qui vont au-delà du seul siège et abordent la hauteur du plan de travail, l'éclairage et l'organisation des tâches.

Ce que les acheteurs demandent le plus souvent

Quelles sont les exigences de la norme EN 1335 ?

Elles se répartissent en trois blocs : des dimensions et des plages de réglage pour l'assise, le dossier et les accoudoirs ; des exigences de sécurité portant sur la stabilité, la résistance mécanique et le comportement au feu ; des méthodes d'essai qui décrivent comment vérifier les précédentes en laboratoire.

Comment choisir un fauteuil conforme à la norme ?

Repérez d'abord le type annoncé : A pour un poste occupé toute la journée, B pour un usage partiel, C pour un usage ponctuel. Demandez ensuite si la conformité est autodéclarée ou attestée par un rapport d'essai ou une marque de certification. Comparez enfin les plages de réglage réelles à votre taille plutôt que de vous fier à la mention seule.

Quelles sont les normes de sécurité pour les sièges de bureau ?

Pour un siège de travail de bureau, c'est la deuxième partie de l'EN 1335 qui porte les exigences de sécurité, vérifiées par les essais de la troisième partie. D'autres textes peuvent s'y ajouter selon le produit, notamment sur les roulettes ou sur le comportement des matériaux rembourrés.

Un siège certifié est-il forcément plus confortable ?

Non. La certification atteste que le siège respecte des dimensions et résiste aux essais imposés. Le confort dépend de votre morphologie, du soutien lombaire, de la densité de l'assise et surtout du réglage. Un siège certifié mal réglé reste inconfortable.

Comment régler un fauteuil de bureau une fois acheté ?

Réglez la hauteur d'assise pour que les cuisses soient horizontales et les pieds à plat, puis la profondeur pour laisser deux à trois doigts entre le bord de l'assise et le creux du genou. Ajustez ensuite le dossier de façon que le renflement lombaire épouse le creux des reins, et terminez par les accoudoirs, épaules relâchées. La hauteur du plan de travail se règle après, jamais avant.

La norme s'applique-t-elle aux sièges de gaming ?

Ces modèles sont conçus à partir d'un siège baquet automobile et ne visent pas la même utilisation. Certains fabricants déclarent une conformité, beaucoup ne se prononcent pas. En l'absence de mention explicite du type, considérez qu'aucune exigence dimensionnelle n'a été vérifiée.

Choisir un siège conforme sans s'arrêter à l'étiquette

La bonne façon d'utiliser cette norme européenne est de s'en servir comme d'un filtre d'entrée, pas comme d'un verdict. Elle écarte les produits qui ne tiennent pas leurs promesses dimensionnelles et qui n'ont subi aucun essai sérieux. Elle laisse ensuite entière la question qui compte : ce siège convient-il à votre corps et à votre poste de travail ?

La démarche qui fonctionne tient en trois étapes. Vérifier le type annoncé et la nature de la preuve apportée. Confronter les plages de réglage à votre taille, en commençant par la hauteur d'assise et la profondeur. Essayer, enfin, parce qu'aucune fiche technique ne remplace vingt minutes assis. Nos critères de choix d'un fauteuil ergonomique détaillent chacun de ces points, et notre comparatif de fauteuils de bureau indique quels modèles affichent leur conformité et sous quelle forme.

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